Vingt filles du programme The Sisterhood Table se sont réunies, l’après-midi de ce samedi 25 octobre, pour une séance de décharge émotionnelle, au centre Uhuru Knowledge Center à Sake, un village situé à 28km à l’ouest de Goma. C’était une expérience d’art thérapie basée sur l’expression orale dans un esprit d’écoute active et participative. A tour de rôle et dans une ambiance sororale, les participantes se sont livrées à cœur ouvert, racontant leurs expériences personnelles susceptibles de compromettre leur bien-être mental.

Entre des traumatismes liés à la récente guerre et des expériences difficiles vécues en famille, en passant par différents faits sociaux vécus dans cette partie du pays en proie aux conflits armés depuis des décennies, les échanges ont montré à quel point les bombardements peuvent détruire des esprits et des rêves en plus des infrastructures immobilières. « La guerre est venue augmenter les responsabilités sur les épaules de la jeunesse » a révélé Nathalie Muchinya, animatrice psychosociale et facilitatrice de cette séance. a. En tant qu’animatrice psychosociale, Nathalie Muchinya a déploré le paradoxe entre le rôle que doivent les jeunes dans la reconstruction du pays et le manque de prise en charge de cette couche majoritaire de la population congolaise, surtout quand il s’agit de remédier aux effets de la guerre sur la santé mentale.
Pour favoriser une guérison collective et participative, en raison de la similitude des expériences vécues, l’animatrice, a choisi l’expression orale comme méthodologie afin de permettre aux filles « d’extérioriser leurs ressentis à travers la prise de parole, une stratégie qui a permis aux participantes de s’interconnecter. « Je me sens soulagée et profondément touchée de découvrir qu’il existe encore des oreilles attentives, sans jugement. Cela me réconforte de savoir que je ne suis pas seule à traverser des défis, à chercher à progresser. » confie Ingrid Risasi, une des participantes, corroborée par ses paires dont Rhaissa Kakisingi qui ajoute « C’est toujours important de s’exprimer même s’il n’y aura pas de réponse, au moins on se sera déchargée. »
Restant sur sa soif, faute de temps, cette dernière suggère de multiplier ces types d’échanges avec plus de professionnels « qui peuvent nous proposer des outils pour aller vers la guérison. » Et de conclure « Écouter est différent d’entendre, beaucoup sont capables d’écouter mais entendre est un véritable travail que peu de personnes maîtrisent. »

Pour sa part, reconnaissante envers l’oreille attentive de ses sisters, Sarah Lusenge soutient l’hypothèse selon laquelle « en parler est une partie de la solution. » Soulevant la nécessité de perpétuer cette pratique thérapeutique, celle-ci émet un vœu. « Que ce programme ne s’arrête pas ici » parce que, renchérit-elle, « il est en train d’aider les filles à rester plus fortes, et plus résilientes face aux aléas de la vie ».
Satisfaite de la réceptivité des filles vis-à-vis de son approche, la facilitatrice leur a rappelé la nécessité de s’impliquer individuellement dans leur propre guérison. « Prenez soin de vous, ce monde peut continuer sans vous. Peut-être bien qu’il peut même aller beaucoup mieux. Mais vous seules, ne pouvez pas avancer sans vous-mêmes » conclut celle qu’on appelle affectueusement « Maman Nathalie ».
Après avoir été témoins et/ou victimes des violences découlant des affrontements ayant eu lieu en pleine ville de Goma, plusieurs personnes ont développé des signes de troubles mentaux. Selon les professionnels de santé du centre neuropschyatrique Saint Vincent de Paul de Goma, cités par Global Voices ( le voici ), il s’agit principalement du stress post-traumatique, de la dépression et de troubles anxieux. Ces derniers ont affirmé, en Juillet 2025, avoir vu leur nombre de consultations tripler, avec un score triste de plus de 700 nouveaux patients admis en « seulement » quelques semaines.
Face à ce fléau qui risque de reproduire une génération cassée, Nathalie appelle les organisations locales et le gouvernement de la RDC à s’investir dans la création des « espaces sûrs » afin de contribuer à rebâtir une jeunesse forte et résiliente capable d’assurer une bonne relève. « Lorsque la santé mentale n’est pas bonne, il n’y a pas moyen de se développer, puisque le niveau de réflexion reste très bas. » Insiste-t-elle.
La partie Est de la République Démocratique du Congo traverse, depuis maintenant trois décennies, un cycle interminable de conflits armés. En plus de freiner le développement économique, politique et social de cette région, ces fléaux affectent considérablement le bien-être mental de cette population civile située à des milliers des kilomètres de Kinshasa, la capitale du pays. Puisque des initiatives de paix sont mises en œuvre dans la région, il est important d’y intégrer l’aspect de la prise en charge psychosociale des victimes afin de mettre fin à ces violences généralement perpétuées par des anciennes victimes non réparées.
Joseph Katusele
